Caroline Piochon, illustratrice et animatrice

INTERVIEW – J’ai eu l’idée de cette rencontre avec Caroline Piochon à la lecture de Chez soi, où l’autrice Mona Chollet se délecte des dessins de maisons. « Ils conjuguaient et démultipliaient deux formes de magie » : de quoi faire réfléchir sur la communication visuelle immobilière.

Bonjour Caroline. Tout d’abord, peux-tu résumer ton parcours professionnel, ton métier ?

J’ai fait des études artistiques : l’école des beaux-arts de Caen, l’école de dessin Émile Cohl à Lyon, puis je me suis spécialisée dans l’animation au sein de Gobelins, l’école de l’image. Au début, j’étais fascinée par le développement et la fabrication des décors dans les dessins animés. Finalement, j’ai fini par me passionner pour l’animation de personnages. Je travaille sur des films, dans l’animation, depuis maintenant 15 ans et, parallèlement, il m’arrive d’illustrer des livres pour enfants depuis une dizaine d’années.

Lorsque tu représentes la façade d’un immeuble, d’un logement, consultes-tu la documentation spécialisée ou des sites de promoteurs, d’agences d’architecture ?

Je collecte sans arrêt des images de lieux qui me plaisent, m’intriguent ou qui me marquent. Je fais des dossiers à thème selon les styles, les époques, les endroits, ce qui me permet d’y trouver de bonnes pistes d’inspiration. J’utilise principalement Pinterest, qui me redirige alors sur des sites de décoration d’intérieur ou des agences d’architecture. Si j’ai besoin d’imaginer un peu plus précisément l’intérieur d’une maison, je consulte des annonces immobilières. J’y découvre des détails et des informations qui m’aident à caractériser correctement une habitation, ou comprendre le fonctionnement et la disposition des pièces. C’est une mine d’or. J’ai parfois besoin d’en faire des plans pour trouver une certaine logique dans la circulation des lieux où apparaissent mes personnages, et trouver un point de vue, un angle de caméra intéressant ou avantageux.

Aussi bien pour l’extérieur que l’intérieur, quelles sont les potentielles difficultés que tu rencontres et quelles questions particulières te poses-tu ?

En général, je me demande si mes dessins correspondent au mieux à l’ambiance que le texte suggère et à l’émotion que je cherche à transmettre : est-ce un lieu inquiétant ou rassurant, douillet ou froid, agressif ou paisible ? Le lieu choisi complète-t-il, soutient-il les ressentis à la lecture ? En même temps, ce lieu ressemble-t-il ou caractérise-t-il mon personnage, en apportant d’autres informations sur son tempérament ? On ne choisit pas au hasard un contexte architectural ; on doit toujours se demander si celui-ci est le plus approprié pour transmettre la bonne émotion, la bonne ambiance. En fait, il faut toujours se soucier de la cohérence afin que le lecteur soit capable de se projeter, de comprendre vaguement la topographie du lieu. Finalement, aucune confusion ne doit gêner la lecture.

Lorsque j’illustre des endroits précis, comme l’intérieur d’une maison au Burkina Faso, au Viêtnam ou au Japon, cela n’est pas forcément simple de trouver la bonne documentation. Je n’ai pas toujours le temps de chercher autant que je le voudrais, pour saisir notamment les codes architecturaux d’une maison japonaise, comprendre les subtilités d’un art de vivre ou d’une culture qui expliquent l’agencement particulier des pièces, la disposition des meubles, etc.

J’essaie autant que possible de ne pas tomber dans le « cliché », de ne pas trahir les origines des lieux représentés, de me questionner sur mon regard trop « occidentalo-centré », tout comme je tente d’être vigilante sur les stéréotypes de genre.

Enfin, je fais attention aux droits liés à la représentation de certains lieux et édifices car, souvent, ils sont protégés. Par exemple, je peux utiliser la structure architecturale du Petit Trianon pour représenter un palais imaginaire, mais en en extirpant certains codes car le résultat ne devra pas ressembler au Petit Trianon.

❝ ON NE CHOISIT PAS AU HASARD UN CONTEXTE ARCHITECTURAL ; ON DOIT TOUJOURS SE DEMANDER SI CELUI-CI EST LE PLUS APPROPRIÉ POUR TRANSMETTRE LA BONNE ÉMOTION, LA BONNE AMBIANCE. ❞

Quels éventuels « freins » à ton imagination t’imposes-tu ? Cela dépend sans doute de l’âge du/de la lecteur/lectrice cible.

Exactement, l’âge est un facteur que je prends en compte : il m’arrive d’adapter mon style, de simplifier l’image, sans pour autant l’appauvrir. C’est super si je peux embarquer mon petit lecteur dans un lieu, lui apprendre quelque chose d’une architecture ou d’une époque, mais il ne doit pas se sentir perdu non plus.

Parler à un plus jeune public nécessite parfois des formes plus arrondies, moins de détails pour faciliter la lecture. Mais ce qui apparaît comme une contrainte m’entraîne hors de mes zones de confort et devient au contraire un vrai stimulant à l’imagination. Les freins peuvent venir aussi des clients ; je me soumets alors à leurs demandes. Il n’est pas rare que je retravaille un dessin pour que n’importe quel enfant se reconnaisse dans la cuisine de sa maison ou la place d’un village. C’est ainsi parfois difficile d’imposer des choix trop atypiques ou trop audacieux, de sortir des sentiers battus et d’autres stéréotypes.

Pour nous faire rêver de maisons, quel album/livre illustré, voire film d’animation, nous conseilles-tu de découvrir ?

Alors les décors que j’adore : La Belle au bois dormant de Disney, selon moi le plus abouti et parfait stylistiquement. J’aime ce que l’artiste Eyvind Earle (1916-2000) a introduit dans les films à cette époque. Mais aussi l’ambiance Belle Époque de La Belle et le Clochard et la charmante maison dans Là-Haut (Pixar).

J’apprécie en outre les ambiances colorées du style Mid-Century Modern, les constructions de l’architecte Frank Lloyd Wright (1857-1959)… Le réalisateur Alfred Hitchcock (1899-1980) a bien su les utiliser dans ses films, comme dans La Mort aux trousses.

Pêle-mêle pour les illustrateurs : 

  • les albums de Mary Blair (1911-1978), illustratrice pour les studios Disney dans les années 50. Sa stylisation des décors, ses choix de couleurs m’ont beaucoup influencée. Je voudrais vivre dans son monde parfois ! ;
  • le couple Alice et Martin Provensen (1918-2018 et 1916-1987), et leurs albums comme La Ronde des animaux ;
  • les décors parisiens de l’illustrateur Tadahiro Uesugi (né en 1966) ;
  • Miroslav Šašek (1916-1980), le grand illustrateur tchèque célèbre pour ses albums sur de nombreux pays et villes du monde. Il avait fait des études d’architecture d’ailleurs.

❝ J’APPRÉCIE LES AMBIANCES COLORÉES DU STYLE MID-CENTURY MODERN, LES CONSTRUCTIONS DE L’ARCHITECTE FRANK LLOYD WRIGHT. ALFRED HITCHCOCK A BIEN SU LES UTILISER DANS SES FILMS, COMME DANS LA MORT AUX TROUSSES. ❞

Que penses-tu de la place occupée par le dessin destiné, plus généralement, au grand public (publications de communication, publicité…) ?

En France, l’illustration est plutôt mal utilisée, par comparaison, par exemple, aux pays anglo-saxons où elle s’affiche sans complexe. C’est un peu pareil, je pense, pour le dessin animé 2D traditionnel, que l’on utilise davantage qu’ici pour les publicités. Je trouve également que les couvertures de romans sont soigneusement illustrées avec de belles typographies alors qu’en France, pour le même roman, on préférera souvent une photographie…

C’est encore autre chose si on compare avec le Japon où la culture visuelle, pas seulement celle du manga, y est plus forte. Le « mignon » est partout ; malheureusement, on est plus « sérieux » chez nous. Quel que soit l’endroit – trottoirs, quais de métro, signalétique – l’utilisation du dessin est plus répandue. Au final, je trouve que cela crée une ambiance plus joyeuse.

Chez nous, le travail de l’illustrateur n’est pas assez respecté et valorisé. On considère assez mal l’activité des personnes qui dessinent, dont on pense trop souvent qu’elles n’exercent pas « un vrai métier » et dont on sous-estime le prix de leur labeur… On se tourne alors vers la facilité, vers des illustrateur.trice.s peu expérimenté.e.s, des étudiant.e.s voire des amateur.trice.s parce qu’ils/elles coûtent moins cher. On fait régulièrement appel à eux/elles via des sortes de concours, vus comme des chances d’illustrer une affiche et d’être rétribué.e.s par la belle publicité que cela va soi-disant apporter à leur œuvre… Même de grandes institutions procèdent de cette façon, c’est assez désolant. Affiches de théâtre ou d’évènement, signalétique du métro… la qualité s’en ressent. Mais c’est probablement aussi un manque d’éducation à l’image, aux arts visuels et aux métiers artistiques. Il y aurait beaucoup de choses à faire dans ce sens pour gagner en qualité.

Au cours d’un voyage, d’une promenade, quel bâtiment/monument ou quel appartement ou maison a particulièrement marqué ton esprit ? pourquoi ?

Beaucoup de bâtiments en Asie m’ont marquée. Le pavillon d’argent à Kyoto résume bien à quel point une architecture peut inspirer le calme et l’équilibre, l’harmonie avec le paysage.
La charmante gare dessinée par Frank Lloyd Wright en pleine campagne japonaise à Nikko ainsi que d’autres très belles maisons qu’il a créées à Chicago (dont celle qui illustre cet article) ont vraiment retenu mon attention en raison de leur volume particulier.

J’aime beaucoup les maisons des peintres comme celle de Joaquín Sorolla y Bastida (1863-1923) à Madrid, devenue le Musée Sorolla ; celle de Claude Monet (1840-1926) à Giverny, où l’atelier fait partie de la maison sans en être séparé. Cela me fait rêver !

Et, bien sûr, en tant que normande, le Mont-Saint-Michel en hiver, quand il n’est pas saturé de touristes. C’est un édifice que je ne me lasse pas d’admirer. Une vraie prouesse, un mélange de force et de légèreté qui a su défier le temps.
Enfin, une petite maison en Normandie de style Art nouveau qui m’a toujours fait pensé à celle du lapin d’Alice au Pays des merveilles : La Bluette à Hermanville-sur-Mer, construite par Hector Guimard (1867-1942). Elle a quelque chose de joyeux et de désinvolte, à l’écart des grandes villas balnéaires de l’époque. Je suis sûre qu’elle m’inspirera un jour !

Bibliographie de Caroline Piochon

Iconographie : © Gosia Malochleb by Flickr. River Forest, IL., Frank Lloyd Wright, Historic styles designed by Wright. Licence CC BY-NC 2.0. Photographie reccadrée.

Que dalle pour la tour Totem à Beaugrenelle

La tour Totem à Beaugrenelle, à Paris, par Andrault et Parat
FRONT DE SEINE - Récemment, l’architecte Michel Andrault s’en est allé rejoindre au ciel son compère Pierre Parat. Séjournent-ils au Paradis de l’immobilier ou sont-ils coincés dans les limbes, accusés d’avoir diablement conçus la tour Totem ? Cette œuvre maîtresse brutaliste, érigée sur la dalle Beaugrenelle en 1979, peine à rencontrer ses adeptes tandis que ses détracteurs continuent à la maudire.

La tour Totem à Paris (XVe), on la connaît comme « le gros cube » du Front de Seine. Comme « cette gigantesque morille de béton », « classée parmi les bâtiments les plus laids de Paris », dixit son résident Florent-Claude Labrouste, personnage principal du roman Sérotonine écrit par Michel Houellebecq (2019). En-dehors de ces vaines dépressions héroïques, pourquoi tant de haine ? Sa situation géographique, sa taille et sa forme semblent attirer les foudres de Satan.

L’emblème malheureux du « Petit New York »

On en revient d’abord à l’éternel adage de l’immobilier : la localisation, la localisation, la localisation. Or, par métonymie, on déteste souvent la tour Totem parce que l’on déteste son emplacement : Front de Seine, quartier Beaugrenelle (XVe), juchée sur une dalle située deux niveaux au-dessus du sol parisien « naturel ». Dans les années 1960-1970, cet urbanisme sur/de dalle, symbole de modernité et de sécurité tant décrié aujourd’hui, repose sur la séparation stricte des lieux pour travailler, habiter et circuler, selon les préceptes de la fameuse Charte d’Athènes (1933).                    

Après dix ans de conception et d’évolutions, les premiers bâtiments émergent en 1970 : les tours Keller, Seine et Compagnie bancaire (Hachette désormais) voient le jour. En tout, le Front de Seine accueille 20 immeubles de grande hauteur (IGH) indépendants, dont 14 à usage résidentiel (3 de logements locatifs sociaux), 4 à usage de bureaux et 2 hôtels. Pour certains, le quartier Beaugrenelle rappelle celui de Manhattan, d’où son surnom de « Petit New York ».
La tour Totem, édifiée de 1976 à 1979, fait partie de la phase finale d’aménagement de la dalle Beaugrenelle et est implantée au sein de l’ilot Cassiopée-Orion. En effet, René Galy-Dejean (né en 1932), président de la Société d’économie mixte d’équipement et d’aménagement du 15e (Semea 15, devenue PariSeine) sollicite l’agence Andrault & Parat (Anpar, créée en 1957) afin d’« instaurer une diversité d’écriture », selon les mots de Michel Andrault (1926-2020). Jusque-là, les architectes Henry Pottier (1912-2000) et Michel Proux avaient principalement été à l’œuvre sur le Front de Seine. 

❝ À BEAUGRENELLE, LA DALLE SUR LAQUELLE LES BÂTIMENTS SONT CONSTRUITS ÉLOIGNE SES HABITANTS DE LA VILLE ET REND LES TOURS INACCESSIBLES, AJOUTANT UNE TOUCHE DE FROIDEUR ET D’HOSTILITÉ À LEUR FORME. LES IMMEUBLES ONT, SEMBLE-T-IL, ÉTÉ POSÉS LÀ, SANS VISION D’ENSEMBLE, SANS COHÉRENCE, SANS ESTHÉTIQUE. ❞

Anne Hildago, Mon combat pour Paris, 2013

Paradoxalement, la tour Totem souffre d’un amalgame avec les autres IGH qui cohabitent avec elle sur la dalle Beaugrenelle. Alors qu’il a été justement conçu pour briser certaines conventions monotones, le projet de Michel Andrault (1926-2020) et de Pierre Parat (1928-2019) devient un emblème, aux yeux des non-initié.e.s (ou de politiques et politicien.ne.s initié.e.s !), de l’architecture verticale des seventies ayant défiguré durablement le paysage parisien. Dix ans plus tard, le célèbre autre monument de rupture qu’est la Pyramide du Louvre attirera les mêmes critiques avec, en plus, un pan complotiste qui court toujours.

La tour Totem, une géante à la taille de guêpe…

La réglementation des IGH impose alors aux architectes une base rétrécie – dite « taille de guêpe » – afin de désolidariser le bâtiment de son support, ce qui favorise la circulation piétonne dans et entre les ilots. L’autre contrainte est la hauteur, que la tour Totem respecte au taquet : maximum 100 mètres et 32 étages. Cet aspect de type « gratte-ciel » représente une autre raison du désamour envers ce bâtiment, alors même que tous les immeubles à usage résidentiel du Front de Seine affichent une telle verticalité à l’américaine. Seules les constructions à usage de bureaux sont plus bas. 
Pierre Parat affirmait lui-même ne pas aimer outre-mesure les tours, préférant la forme pyramidale (comme le Palais omnisports de Paris-Bercy, dont il est coauteur). C’est d’ailleurs sans doute pour cela que Galy-Dejean a pensé au duo, certain que les architectes allaient avec conviction s’affranchir des codes et jouer avec les lignes directrices du projet Beaugrenelle tout en s’y conformant. La première liberté prise est le choix de la structure apparente, du squelette à corps ouvert. Il s’agit de fûts porteurs et d’un noyau central en béton où se concentrent les ascenseurs et l’escalier (circulation verticales) et auquel se rattachent en diagonale des cubes de verre en volume le long de la façade, orientés à 45 °.

❝ ET À SES PIEDS SI JE ME SENS ÉCRASÉ, C’EST UNIQUEMENT PAR SA SPLENDEUR, SON MAGNÉTISME, SA MAJESTÉ ; UN « JE-NE-SAIS-QUOI » QUI FAIT D’ELLE LA PLUS BELLE, CELLE DONT L’IMAGE PERSISTE DANS MA MÉMOIRE COMME UN SYMBOLE D’ESTHÉTISME MODERNE. AVEC ELLE, JE FAIS CORPS. ❞

Édouard Lefort, « Top-modèle en scène sur podium », à propos de la tour Totem, blog La façade au carré, 2019

Andrault et Parat s’écartent ainsi du banal mur-rideau. Ils offrent aux deux façades miroir différentes, « tourmentées », de pétillants jeux de lumière variés grâce à l’axe des cubes, groupés par trois niveaux, habillés d’une serrurerie teintée en marron, et aux ouvertures et allèges recouvertes d’un ton doré. L’ensemble extérieur s’apparente à une sculpture, une grappe de raisins ou un arbre fruitier (qui n’est pas sans rappeler les Choux de Créteil) aux allures surréalistes : il n’est donc pas étonnant que la plaquette commerciale de la tour Totem ait été réalisée par l’excentrique Salvador Dalí (1904-1989), accompagnée d’un texte présentant le « Totem des totems ».

… qui butine des appartements aux vues exceptionnelles

La tour Totem est composé de 207 appartements de standing, de 33 m2  à 131 m2 environ, répartis en étoile, reflets des avancées de verre et de la forme octogonale du socle. Ce sont désormais, pour la plupart, des résidences principales. Les 8e, 16e et 24e étages disposent de terrasses de 5 m2 environ. Chaque logement bénéficie d’une double voire une triple orientation ainsi que d’une agréable vue sur la Seine. En témoignent les photographies d’annonces de ventes immobilières – bien que rares ! – trouvées sur le web. Alors que les à-priori sur ces tours non monolithes contribuent à galvauder l’idée que l’aménagement est complexe, les appartements de la tour Totem semblent modulables et optimisés. En effet, par exemple, les façades sont en réalité de faux murs-rideaux dont le nombre d’éléments porteurs est restreint, et sont composées à la fois de pleins et de vides. 

En outre, l’intérieur de la tour conserve son vernis original grâce à des restaurations fidèles. Le hall d’origine, accessible par la dalle, est scénographié telle une demeure moderne familiale (murs bleu et vert laqués, rideaux, canapés, carrelage au sol à petits carreaux noirs notamment) agrémentée d’œuvres d’art signées Yvette Vincent-Alleaume (1927-2011). Un second accès, par le quai de Grenelle, a ensuite été ajouté. 

L’autre critique attendue est celle du coût important des charges. C’est une réalité, comme pour tout IGH haut de gamme. Et ce d’autant plus que les prix de vente au m2 sont à l’évidence élevés : j’ai ainsi repéré un 3 pièces de 96,1 m2 Carrez situé à l’avant-dernier étage de la tour proposé, fin 2019, à près de 11 500 €/m2, mais avec deux places de parking incluses. Le montant des charges est estimé autour de 650 €/mois.
La rénovation, dans le respect de l’ouvrage initial, peut également constituer un nécessaire fardeau inhérent aux immeubles brutalistes, qui utilisent massivement le béton. Notons par la même occasion que cette caractéristique ne suffit pas pour intégrer ce mouvement, souvent associé aux divers « fiascos architecturaux » de certains HLM, dus surtout à un défaut d’entretien. Les monuments brutalistes doivent inviter à partager une proposition artistique, et obéir à des critères précis.

La tour Totem de Michel Andrault et Pierre Parat est la seule qu’ils aient conçues pour un projet sis Paris intra-muros, et la première au profit d’un promoteur. Les façades et les décors du hall jouissent désormais du label « Architecture contemporaine remarquable ». Achevés en 2017, les travaux engagés sur la dalle Beaugrenelle contribuent sans nul doute à redorer le blason de ce bâtiment grâce au déploiement, notamment, d’espaces de nature en ville. Là encore, le duo légendaire était visionnaire puisqu’il prônait l’introduction de surfaces végétalisées au sein des grands projets urbains.

Pour les curieux

Dossier Référence « La tour Totem, Michel Andrault et Pierre Parat », AMC n° 272, octobre 2018
Éloge de la tour Totem, « Top-modèle en Seine sur podium », blog La façade au carré ou la Chronique d’un promeneur sur l’architecture parisienne
Entretien avec Pierre Parat, 2012

Voir mon tableau Tour Totem sur Pinterest

Iconographie : Tour Totem, ©Julien Chatelain sur Flickr. Licence CC BY-SA 2.0. Photographie recadrée. Canon EOS 450D EF-S18-135mm f/3.5-5.6 IS.

L’AUTRICE
Bonjour ! Je suis Lolita Gillet. Éditrice spécialisée en immobilier et études urbaines, je souhaite partager avec vous ces fragments de cultures et de pensées. Soyez libres de réagir, pour enrichir ces modestes chroniques d’une passionnée.

À la recherche du foncier perdu : les parkings et les garages

INFOGRAPHIE. RECONVERSION IMMOBILIÈRE – L’ère des parkings et des garages urbains géants, en superstructure, semble révolue. En particulier à Paris. Comment valoriser ce foncier urbain, parfois déjà en déshérence ? Par démolition/reconstruction ou par transformation ? 

Les données de cette infographie sont en grande majorité issues d’une étude réalisée par DATA Architectes, Immeubles pour automobiles, à l’occasion d’une exposition au Pavillon de l’Arsenal (2018).

❝ LA GRANDE QUALITÉ DE CES IMMEUBLES POUR AUTOMOBILES, LEUR PRINCIPALE VERTU D’ARCHITECTURES DÉSORMAIS SANS CONTENU, C’EST CETTE ABSENCE DE PROGRAMME, CE CARACTÈRE NEUTRE ET GÉNÉRIQUE QUI PERMET DE LES APPRÉHENDER EN TANT QUE STRUCTURES OUVERTES, CAPABLES, TEL UN « CONTENANT » POSSIBLE, VOIRE IDÉAL, DE L’INDÉCISION PROGRAMMATIQUE ET DE L’ÉVOLUTION PERMANENTE DES USAGES. ❞

DATA Architectes, commissaires scientifiques de l’exposition

Le cabinet DATA Architectes a par ailleurs analysé le potentiel de reconversion de cinq garages/parkings parisiens, chacun représentatif d’une typologie d’immeubles :
◈ garage Saint-Georges (IXe, immeuble traversant de 9 424 m2 en superstructure) ⇛ résidence sociale de 195 lits ;
◈ Neubauer Service Montmartre (XVIIIe, immeuble profond de 18 048 m2 en superstr.) ⇛ immeuble mixte de 100 logements familiaux et un équipement de logistique urbain ;
◈ parking Cardinet (XVIIe, immeuble enclavé de 31 150 m2 en superstr.) ⇛ immeuble mixte de 46 logements familiaux, bureaux et espaces de stockage ;
◈ parking Firmin Gémier (XVIIIe, immeuble long de 4 044 m2 en superstr.) ⇛ immeuble de 27 logements familiaux en duplex ;
◈ parking Renault Paris Étoile (VIIIe, immeuble mixte de 12 852 m2 en superstr.) ⇛ immeuble mixte de 80 logements familiaux et étudiants et d’un équipement.

Les détails des projets ainsi que les plans sont disponibles au sein du catalogue d’exposition et dans le dossier de presse correspondant. Les deux scenarii, démolition/reconstruction et transformation, sont étudiés.

Remarque : le document prend mal en compte, sauf erreur de ma part, la question fondamentale de la dépollution, sans doute nécessaire pour certains sites.

Sources : Immeubles pour automobiles, Pavillon de l’Arsenal, 2018 ; projet de réhabilitation de deux immeubles haussmanniens jumeaux et d’un ancien garage avec parking aérien, actualité du Pavillon de l’Arsenal (février 2018) ; description du projet rue Petit sur le site de Encore Heureux.

Pour les curieux

Immeubles pour automobiles, Pavillon de l’Arsenal, 2018. En libre téléchargement
Dossier de presse de l’exposition « Immeubles pour automobiles. Histoire et transformations » au Pavillon de l’Arsenal du 24 avril 2018 au 02 septembre 2018

Voir mon tableau Garages et parkings parisiens
sur Pinterest

Iconographie : garage Saint-Didier, 12 rue des Sablons, Paris, XVIe, photographie de presse, agence Rol, 1925 ; course de côte, en auto, dans un garage parisien, photographie de presse, agence Mondial, 1933 ; garage de la Compagnie Générale des voitures, rue Cardinet, XVIIe, photographie de presse, agence Rol, 1927 ; Paris, garage de Banville, rue de Courcelles, VIIIe, Lefebvre-Despeaux sur Amilcar, photographie de presse, agence Rol, 26 février 1927 ; garage Saint-Didier, 12 rue des Sablons, Paris, XVIe, photographie de presse, agence Rol, 1925. Source : gallica.bnf.fr / BnF.

Une autre arme de lutte contre l’étalement urbain : les tours résidentielles en péricentre des villes, en lieu et place des friches urbaines

L’AUTRICE
Bonjour ! Je suis Lolita Gillet. Éditrice spécialisée en immobilier et études urbaines, je souhaite partager avec vous ces fragments de cultures et de pensées. Soyez libres de réagir, pour enrichir ces modestes chroniques d’une passionnée.

Tristes Grossesses. L’affaire des époux Bac (1953-1956), Danièle Voldman et Annette Wieviorka

LES MALGRÉ-ELLES – Affaire Ginette, la lente gangrène d’une loi féminicide. Si le combat de Gisèle Halimi auprès de Marie-Claire Chevalier résonne encore, les maternités successives de Ginette ont depuis longtemps été oubliées. Pourtant, le décès de sa petite Danielle mena à la remise en cause de la délétère loi nataliste de 1920. Chronique complète à lire sur Missives.

Qui sont les autrices Danièle Voldman et Annette Wieviorka ?

Danièle Voldman et Annette Wieviorka sont historiennes et directrices de recherche au CNRS. Danièle Voldman s’engage sur les questions socio-urbaines contemporaines, liées notamment aux classes dites populaires et au genre. Quant à Annette Wieviorka, elle a publié, entre autres, sur la Shoah et s’intéresse également à la condition féminine.

Genre

Documentaire (publié en 2019)

5 thèmes clés

Contraception ; avortement ; justice ; Planning familial ; lois Neuwirth et Veil

Tristes Grossesses. L’affaire des époux Bac en 50 mots

Les Bac forment un modeste couple ordinaire. Leur double tragédie, dépression de Ginette – cinq enfants en cinq ans – et mort de leur bébé faute de soins, passe d’abord presque inaperçue. Grâce aux actions médiatisées de la gynécologue M.-A. Lagroua Weill-Hallé, ce fait divers se mue en fait politico-social. Le débat sur le contrôle des naissances est relancé.

3 bonnes raisons de lire Tristes Grossesses. L’affaire des époux Bac

➽ S’émouvoir, à travers l’histoire des Bac, de la condition féminine ouvrière au milieu du XXe siècle.
➽ Comprendre l’importance de ce drame méconnu dans la naissance du Planning familial et dans le vote des lois Neuwirth (1967) et Veil (1975). La dépénalisation de l’avortement aurait été impossible sans la légalisation de la contraception.
➽ Appréhender le parcours étonnant de Marie-André Lagroua Weill-Hallé, doctoresse d’abord choquée par « tant d’effort d’un gynécologue pour le simple refus de la maternité » (en référence à Abraham Stone, grâce à qui elle découvre notamment le diaphragme contraceptif).

MA CHRONIQUE COMPLÈTE SUR ☞ MISSIVES ☜

❝ Affaire Ginette : la lente gangrène d’une loi féminicide ❞

Sommaire
Une jeune femme malade d’épuisement maternel
De la réclusion des époux Bac…
… à la condamnation de la loi de 1920

Iconographie : éditions Seuil ; The Miriam and Ira D. Wallach Division of Art, Prints and Photographs: Photography Collection, The New York Public Library. (1939). Pregnant woman, the daughter of a migrant family. Imperial Valley, California

L’Hôtel Ruhl à Nice : la mort d’un symbole désuet

L'hôtel Ruhl à Nice, palace sur la Promenade des Anglais, disparu
LE PALACE FANTÔME DE LA PROMENADE DES ANGLAIS – Au début des années 1970, le suranné Hôtel Ruhl de Nice s’écroule : la Cité des Anges étête un fleuron de l’architecture azuréenne, édifié avant-guerre, pour laisser place au moderne Méridien. L’âme tourmentée du Ruhl flâne toujours…

Le choc de la destruction puis du contraste architectural entre les deux complexes hôteliers marque encore la mémoire collective. LHôtel Ruhl représente en effet un symbole, à plusieurs égards : implantation sur la Promenade des Anglais ; luxe et volupté de la grande bourgeoisie voire de la noblesse itinérante de la Riviera ; expression d’un architecte local mythique, Charles Dalmas (1863-1938), particulièrement présent sur la Côte d’Azur.

L’Hôtel Ruhl, le premier palace sur la Promenade des Anglais

L’histoire de l’Hôtel Ruhl est indissociable de celle de la fameuse Promenade des Anglais. L’aménagement de ce site promis à un bel avenir connaît un tournant important en 1844, lorsque le Camin dei Inglès, municipalisé, est prolongé jusqu’aux Beaumettes, à l’ouest ; il prend alors sa dénomination définitive. Onze ans plus tard, la Promenade est élargie à 8 m et voit pousser son premier hôtel, l’Hôtel Victoria. L’épopée de l’hôtellerie niçoise commence véritablement.

L’Hôtel Ruhl naît des ruines de l’Hôtel des Anglais. Construit vers 1860, en bord de mer, cet hôtel luxueux de voyageurs affichent de singulières allures exotiques qui satisfont en particulier le goût des colons britanniques. Les clients hivernants au long court y réservent des appartements, profitant ainsi d’un climat clément. Néanmoins, malgré le confort de cet établissement (cabinets de toilettes, chauffage à vapeur, ascenseur hydraulique) et les agrandissements successifs, la mode change et les exigences se font plus pointues. Comme à Paris l’été  le Paris-Nice est mis sur rail en 1864 , l’élite internationale aime se retrouver en terrasse des cafés, d’où elle peut observer le ballet mondain dansant sur la Promenade, achevée en 1904. 

À cet égard, le géopolitologue Franck Debié (né en 1966) fait remarquer que la promenade maritime apparaît comme une nouvelle forme urbaine venant remplacer le jardin de plaisir.  Jusque-là, la riche bourgeoisie paie l’entrée à ce type de parc réservé pour accéder à « un mélange de curiosités (fausses ruines, peintures en trompe-l’œil, rocailles, miroirs), débits de boisson, pistes de danses, boutiques, jeux d’argent et spectacles (concerts, feux d’artifices) ». Or, la promenade niçoise propose de telles festivités variées grâce à ses casinos dès 1867, dont celui de la Jetée-Promenade (1891) avec son restaurant, ou encore au Cercle de la Méditerranée (1872). Sans oublier le passage des attelages liés aux courses de l’hippodrome du Var depuis 1869, les carnavals, les batailles de fleurs et les frivolités des jardins publics (en particulier, extensions du jardin Albert-Ier, situé en face du Ruhl).

Les mutations urbaines et des sociabilités mondaines nécessitent une adaptation de l’activité hôtelière : vient le temps des palaces et de la spéculation foncière. Les premiers établissements de cette sorte sont édifiés à la toute fin du XIXe siècle sur la colline du Carabacel-Cimiez. On ne loue plus des appartements, mais des chambres grandioses et un personnel asservi. Ainsi, la Société générale des entreprises d’hôtels, derrière laquelle se cache une association de capitaux à l’initiative de l’homme d’affaires Henri Ruhl (1882-1955), achète l’Hôtel des Anglais. Audacieux, il n’en est pas à son coup d’essai sur la Côte d’Azur ; il projette l’érection d’un monument gigantesque non pas sur les hauteurs de la ville mais près de l’embouchure du fleuve Paillon.

Une œuvre éclectique de la Belle Époque

Charles Dalmas est l’architecte de l’Hôtel Ruhl et des Anglais (nommé ainsi à ses débuts), inauguré en 1913. L’enfant du pays, revenu chez « la fiancée du soleil » après des études parisiennes, a déjà livré en janvier 1911, également sous l’égide de Henri Ruhl, le Carlton de Cannes. L’extérieur des deux géants se ressemble d’ailleurs, avec leurs deux dômes et leurs avancées. De fait, la façade est davantage conventionnelle et se rapproche de celle des immeubles de rapport de la Capitale. Dalmas répète à l’envie cette enveloppe-type à l’ordonnancement classique. Cela aboutit à une certaine homogénéité caractéristique de l’architecture hôtelière azuréenne, harmonie élevée au rang de l’élégance et du raffinement absolus, contre les inquiétantes innovations ornementales. 

1. Nice Côte d’Azur Hôtel Ruhl. Carte postale. Source : Archives Nice Côte d’Azur.
2. Façade sur la Promenade des Anglais. 3. Détail de façade. Entrée de la descente à couvert. 4. Détail d’un des grands côtés du hall. 5. Le hall. 6. La grande salle à manger. 7. Plan du sous-sol. 8. Plan du rez-de-chaussée. 9. Plan des étages. « L’Hôtel Ruhl à Nice », La Construction moderne, janvier 1927. © BMVR de Nice.
10. et 11. Menu du repas du Réveillon, le 25 décembre 1935. Source : collection de la bibliothèque municipale de Dijon.

En outre, Dalmas opte pour un intérieur de style « Louis XVI moderne », mêlant différentes inspirations bourboniennes, tout en l’adaptant à la douceur de vivre niçoise. Considéré comme indémodable, cet esthétisme rassure car il est familier à la haute bourgeoisie qui fréquente ces palaces.
Parmi les éléments notables se distingue d’abord la salle de restaurant, parallèle à la Promenade des Anglais (image n° 6) : dimensions exceptionnelles (16 m x 40 m), magnifique vue mer grâce à de grandes baies, arcades soutenues par des colonnes et des pilastres en marbre de Sienne, coupoles tels de brillants voiles de soie, tribune pour l’accueil d’un orchestre et, cerise sur le gâteau, ouverture sur une splendide terrasse plein sud.

Continuons notre parcours remarquable avec le hall central (images n° 4 et n° 5) et sa coupole-verrière grandiose (18 m x 12 m), accessible par une galerie ouverte ornée de colonnes ioniques. Pensé à l’origine pour le repos des clients, ce hall fait office à partir de 1924 de salle de thé et des fêtes. Il est orné de panneaux décoratifs dotés de glaces, de menuiseries en acajou et propose des niches intimistes. Côté rue Halévy, une spacieuse salle munie d’un bar américain fait le bonheur des clients.

Les cinq étages distribuent 300 coquettes chambres, de style Louis XVI, Louis XIV et des frères Adam, qui bénéficient toutes d’un oriel ou d’un grand balcon. Leur agencement, basé sur un vestibule ouvrant sur une salle de bains et la chambre proprement dite, est perceptible de l’extérieur. 50 autres chambres, moins fastueuses, complètent le palace.

Des guerres au tourisme de masse : le glas du Ruhl

À l’instar de nombre d’hôtels, le Ruhl subit les affres de la Première Guerre mondiale ; les voyages des élites sont limités, et la Révolution russe de 1917 prive la Côte d’Azur d’une importante clientèle. De plus, l’attrait pendant la saison d’hiver bat de l’aile : les séjours se raccourcissent, tandis que les Américains commencent à prendre pied plutôt l’été. Or, la Promenade des Anglais n’est pas adaptée au tourisme estival, car il y fait bien trop chaud ! L’ouverture à l’année des palaces dans les années 1920-1930, l’édification du colossal Palais de la Méditerranée sur la Prom’ (par Dalmas père et fils, 1929) ainsi que l’appétit des Anglais pour les sports nautiques maintiennent un certain intérêt et une ambiance festive. Mais la crise de1929 finit d’achever des établissements déjà fragilisés, dont le célèbre Excelsior Hôtel Regina (1935). Avec les lois sociales, c’est aussi le début de la chute d’un système qui repose sur le dévouement sans faille d’une myriade d’employé.e.s. 

Autre phénomène qui contribue à la perte de l’Hôtel Ruhl : les progrès de l’automobile, à cause de laquelle les voies de circulations sont élargies au dépens des espaces verts et de la tranquillité des piétons. La Promenade, réaménagée, prend des airs de Beach boulevard ou de parkway* ; un paysage relativement pittoresque s’efface au profit d’un panorama plus standardisé, bruyant, surpeuplé. Les marinas et les demeures de l’arrière-pays niçois incarnent dès lors le privilège du calme.

Sous le joug allemand pendant l’Occupation, l’Hôtel Ruhl est ensuite sous séquestre. Pendant les Trente Glorieuses, le développement du tourisme de masse, favorisé par les congés payés, conduit les hôteliers et l’ensemble des professionnels de la Côte d’Azur à diversifier les activités proposées. L’entre-soi mondain n’est donc plus ce qu’il était, ce qui affaiblit encore l’économie du Ruhl. Dès la fin des années 1950, la transformation voire la démolition de ce palace, à l’architecture considérée comme futile, est actée dans le cadre d’une expropriation pour cause d’utilité publique.
Aujourd’hui, l’emplacement garde sa destination hôtelière, avec la construction du Méridien, moderne hôtel de luxe 4 étoiles qui a définitivement enterré le « Louis XVI moderne » et une certaine idée du luxe à la française.

Enfin, je finis en vous proposant quelques instants historiques de la vente aux enchères du mobilier de l’Hôtel Ruhl, présentés par… France Gall !

* Le parkway est « un tissu continu d’espaces verts, de parcs à l’anglaise et de voies plantées, reliant les quartiers résidentiels des grandes métropoles » (Isabelle Gournay, « Influence américaine sur l’environnement routier français », Monuments historiques, n° 134, 1984).

Pour les curieux

Candidature de Nice à l’inscription sur la Liste du patrimoine mondial de l’Unesco (site dédié)
Publication du colloque « Tradition et grandeur de l’hôtellerie de luxe de la Côte d’Azur », 2013
Michel Steve, « L’architecture hôtelière sur la Riviera », Recherches régionales, n° 123, 1993
Franck Debié, « Une forme urbaine du premier âge touristique : les promenades littorales », Mappemonde, 1/1993
Michel Steve, « L’architecture niçoise de 1870 à 1914 », Cahiers de la Méditerranée, n° 43, 1/1991

Voir mon tableau L’Hôtel Ruhl à Nice sur Pinterest

Iconographie : Nice Côte d’Azur – Promenade des Anglais. Hôtel Ruhl la nuit. – éditions Giletta (Nice). Carte postale. Source : Archives Nice Côte d’Azur.

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Plongez, toujours en bord de mer, dans l’histoire du Gallic à Dinard, trop souvent mal aimé car mal compris

L’AUTRICE
Bonjour ! Je suis Lolita Gillet. Éditrice spécialisée en immobilier et études urbaines, je souhaite partager avec vous ces fragments de cultures et de pensées. Soyez libres de réagir, pour enrichir ces modestes chroniques d’une passionnée.

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