La rénovation des bains-douches de la Butte-aux-Cailles : réhabiliter un service public mal connu

L’INTIME DANS UN LIEU PUBLIC – Le regard que l’on porte aux bains-douches municipaux oscille entre intérêt patrimonial et ignorance plus ou moins aveugle de leurs usages et de leurs usager.ère.s, comme tout ce qui touche à l’hygiène et à la précarité. La rénovation en cours des bains-douches de la Butte-aux-Cailles montre combien ces lieux remplissent pourtant une fonction essentielle de service public. Mais le modèle pourrait être réinventé afin de déstigmatiser celles et ceux qui les fréquentent.

Au cours d’une promenade de santé (réglementaire !), attirée par une œuvre de street art derrière les grilles de cet établissement balnéaire du XIIIe arrondissement de Paris (à l’angle des rues Bobillot et du Moulin-des-Prés), j’y ai redécouvert l’existence de bains-douches, fermés pour cause de rénovation.

Coïncidence, je lisais alors la revue Urbanisme, dont le numéro de septembre/octobre/novembre propose un « état des lieux » des bains-douches. Il est vrai que ce sujet, d’autant plus important dans un contexte de crise sanitaire, fait l’objet d’un récent regain d’intérêt. Citons à cet égard :

L’établissement balnéaire de la Butte-aux-Cailles : au commencement étaient des bains-douches

Bien qu’elle conserve deux entrées distinctes, à la signalétique plus discrète qu’originellement, la façade en briques rouges de l’établissement balnéaire à usage mixte de la Buttes-aux-Cailles affiche une certaine homogénéité architecturale et décorative, aux notes dites régionalistes. Ceci est l’œuvre de l’architecte de la piscine, Louis Bonnier (1856-1946), qu’il inaugure en mai 1924. 

Cependant, les bains-douches de la place Paul-Verlaine préexistaient. En effet, leur édification, votée par le conseil municipal en 1904, date du début du XXe siècle – 1908-1909. L’équipement est alimenté par les eaux tièdes (28 ° C) d’un puits artésien foré depuis 1866.
Le projet d’origine comprend déjà une piscine accolée aux bains-douches, entérinant ainsi, en matière de culture balnéaire, la séparation entre natation/sport et hygiène. Le chantier est néanmoins retardé en raison de difficultés budgétaires et de l’éclatement de la Première Guerre mondiale. Il reprendra grâce aux recettes des jeux lancés pour reconstruire la Capitale.

Avant la présente rénovation, les bains-douches sont façonnés en trois principales phases :

  • le bâtiment dédié, avec toiture-terrasse, accueille d’abord 30 cabines au 1er étage ;
  • face à une forte demande, une extension est construite quelques mois après, avec 20 cabines supplémentaires ;
  • à la construction de la piscine, 41 autres cabines, réservées aux femmes, voient le jour au rez-de-chaussée, tandis que les précédentes sont remplacées pour arriver à 57 cabines pour les hommes. Une salle d’attente par niveau est aménagée.

Au milieu du XXe siècle, le bâtiment des bains-douches, éclairé par une cour anglaise, se dote d’une toiture en béton armé. Il comprend en son sous-sol le réfectoire, le vestiaire du personnel ainsi que la salle des réchauffeurs.

Les bains-douches de la Butte-aux-Cailles, une rénovation entre préservation patrimoniale et utilité publique

À l’image d’une histoire en deux temps, le projet de rénovation, réalisé par l’agence TNA Architectes, a concerné d’abord, en 2014, la piscine publique de la Butte-aux-Cailles puis les bains-douches. Tous deux sont inscrits à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques (ISMH) depuis 1990 : il s’agit ainsi de jongler avec les exigences de préservation patrimoniale, sous le contrôle de la Direction des affaires culturelles (DRAC) et de l’architecte des bâtiments de France (ABF), et avec celles sociales, sanitaires, normatives et énergétiques.

Dès lors, plusieurs compromis ont été acceptés :

  • la conservation en l’état, à titre de témoignage, de deux cabines d’origine ;
  • une partie des cabines sont reproduites à l’identique ;
  • une autre propose des cabines neuves, qui répondent aux normes d’accessibilité, notamment en termes de largeur.

Un ascenseur permettra l’accès aux bains-douches depuis le hall d’entrée ; il est implanté au centre de l’édifice, au même titre que tous les éléments de confort ajoutés dans le vestibule, notamment. Les sèche-cheveux, les lavabos sont comme grappés au milieu des espaces afin de respecter au maximum l’enveloppe d’origine.  

Enfin, pour ce qui est des économies d’énergie, les bains-douches, comme la piscine, seront rattachés au réseau de vapeur et d’eau chaude de la Compagnie parisienne de chauffage urbain (CPCU), issues en partie de la combustion des ordures ménagères, ainsi qu’à un data center installé au sous-sol de la piscine et occupé par un prestataire. Ce dernier point est assez inédit : cet équipement offre ainsi la possibilité de réduire l’utilisation des ressources de la CPCU.

Autre point majeur pour les bains-douches : la ventilation et le traitement de l’air. Ceux-ci seront assurés grâce à un système d’échangeur, la chaleur de l’air rejeté servant à préchauffer celui entrant.

Et si les bains-douches étaient plus inclusifs ?

Les bains-douches de la Butte-aux-Cailles devraient ainsi rejoindre les 16 autres équipements publics de ce type encore en activité, gratuitement depuis 2000, dans la Capitale. Si la municipalité engage des sommes aussi conséquentes pour leur rénovation intérieure et leur mise en accessibilité, c’est bien que leur valeur n’est pas uniquement patrimoniale. En cette période de confinement, la Ville de Paris affiche d’ailleurs sur son site Internet : « Ces équipements restent ouverts durant la crise sanitaire actuelle en tant qu’éléments essentiels à l’hygiène de ses usagers. » Environ 950 000 douches par an sont prises dans les 500 cabines parisiennes.

Passé ce rappel – nous oublions souvent le maintien du fonctionnement d’un certain nombre de bains-douches parisiens alors que leur fréquentation est à la hausse –, il convient également de préciser que, contrairement aux à priori, leurs usager.ègere.s ne sont pas uniquement des SDF isolé.e.s, loin s’en faut. L’étude Les Bains-douches de Paris : une enquête sur les lieux et leurs usages révèle en effet que les situations de précarité sont beaucoup plus diversifiées qu’il n’y paraît : exil, logement indécent (aussi bien en location qu’en propriété) ou inadapté à la taille du foyer, emploi précaire, famille en difficultés, hébergement chez un tiers ou dans un centre, nécessité de faire des économies… Cependant, une constatation mérite une attention particulière : 10 % seulement sont des femmes. Elles sont certes moins nombreuses en situation d’errance mais, comme nous l’avons vu, les bains-douches ne reçoivent pas que des sans-abris. À ce propos, les bains-douches de Charenton (XIIe arrondissement) réservent des plages horaires uniquement aux femmes tandis que des services de santé leur sont proposés. Les bains-douches ne représentent pas uniquement des espaces dédiés à l’hygiène, mais sont également, entre autres, des lieux de sociabilité grâce à l’accueil bienveillant des employé.e.s.

Cela pose la question de l’inclusivité au sein de ces établissements où se mêlent précarité financière et hydrique, hygiène, intime et santé. Il est d’ailleurs intéressant de relever que, culturellement, les bains-douches parisiens sont rattachés à la Direction de la jeunesse et des sports (DJS) et non à une direction d’action sociale, au même titre que les complexes sportifs. 

Si les bains-douches de la Butte-aux-Cailles vont sans doute bénéficier d’une cabine de rasage, d’un espace beauté et d’un lieu de dépose des bagages, le modèle pourrait être davantage tourné vers la multifonctionnalité, vers un brassage social afin de déstigmatiser les usager.ègere.s des bains-douches et de favoriser leur fréquentation par celles et ceux qui optent pour des stratégies de contournement malgré le besoin essentiel. Quelques exemples hybrides sont identifiés dans le numéro de la revue Urbanisme évoqué au début de cet article, que Claire Lévy-Vroeland et le sociologue François Ménard caractérisent de « convivialistes » et « génératifs ». Il en est ainsi des bains-douches Delessert à Lyon – les derniers de la métropole lyonnaise – dont les initiatives inspirantes, en lien avec le monde associatif, sont portées par l’association Lalca ; sur l’île de Nantes, les nouveaux bains-douches Agnès-Varda s’intègrent dans un complexe pôle santé social incluant un restaurant et un atelier de dynamisation sociale, ou encore les bains de la via Agliè, à Turin, avec son restaurant de quartier.

Au visionnage des plans du projet de rénovation des bains-douches de la Butte-aux-Cailles, projetés l’année dernière en conférence par l’architecte Thierry Nabérès de l’agence TNA, il semblerait qu’il n’y ait plus d’entrée distincte. Peut-être alors un premier plongeon vers une dichotomie moins stricte.

Pour les curieux :

L’AUTRICE
Bonjour ! Je suis Lolita Gillet. Éditrice spécialisée en immobilier, je souhaite partager avec vous ces fragments de cultures et de pensées. Soyez libres de réagir, pour enrichir ces modestes chroniques d’une passionnée.

Saga ventilation terrain/construction. Épisode 1 : un art divinatoire ?

LE VOLDEMORT DE L’IMMOBILIER – Experts en évaluation immobilière, experts comptables, fiscalistes… vous avez déjà été confrontés, un jour ou l’autre, au « Tu-Sais-Qui » de l’immobilier ! Dotée du pouvoir d’agir sur le montant imposable, la ventilation terrain/construction est un adversaire dangereux pour ceux qui maîtrisent mal certaines formules magiques. Voici quelques révélations sur le Seigneur des Ténèbres, pour vous aider à mieux le contrer.

Le ventilation terrain/construction est sans conteste une des missions les plus curieuses voire impénétrables du professionnel de l’immobilier, de la comptabilité ou de la fiscalité. En une phrase : il s’agit de décomposer un prix, ou une valeur, entre la part affectée au terrain et celle au bâtiment proprement dit alors qu’en termes d’évaluation immobilière, cela forme généralement un tout indissociable.

La réflexion qui suit est issue de ma thèse professionnelle, réalisée lorsque j’étais élève à l’école supérieure des professions immobilières de Paris, travail qui a d’ailleurs reçu le prix du meilleur mémoire et le prix du conseil scientifique. Je vous en livre ainsi, en guise d’inauguration de la saga relative à ce sujet, la partie introductive ainsi que la structure.

« Tremblement de terre », « À la recherche de la bonne méthode », « Un enjeu à risque », « Actualité fiscale du contentieux de l’amortissement des immeubles inscrits à l’actif du bilan », la question du « troisième élément » : c’est ainsi que la ventilation terrain/construction fait les gros titres des actualités professionnelles ‒ spécialisées en immobilier ou non ‒ publiées à la suite de deux décisions inattendues du Conseil d’État (CE) en février 20161. Avec elles, la répartition du prix d’acquisition d’un immeuble bâti entre la part relative au terrain et celle à la construction qu’il supporte ne doit plus représenter des pourcentages approximatifs livrés aux clients à titre indicatif à partir de grilles statistiques, mais devient une mission à part entière de l’expert en évaluation immobilière.

Grilles statistiques pour des immeubles neufs utilisées auparavant pour fournir à titre indicatif les quotes-parts foncières.
Source : Afrexim, juillet 2003.

En effet, ces arrêts du CE, d’une part, confirment que l’administration fiscale peut initier une rectification en reconsidérant les quotes-parts fournies par les sociétés, qui jusque-là n’interrogeaient que très peu les cabinets sur ce point. Leurs services comptables avaient tendance à réaliser eux-mêmes cette ventilation, avec l’aide des fourchettes de parts foncières (établies en fonction de la valeur vénale au m² de l’actif) données par l’expert. Mais désormais, les services fiscaux ont les moyens, en termes d’accès aux données, de comparer, de procéder à des recoupements et d’« épingler » les sociétés qui accorderaient une part volontairement minorée à la valeur du terrain.
Le CE dicte ainsi une méthodologie hiérarchisée constituée à partir des procédés mis en œuvre par l’administration fiscale elle-même pour réexaminer la répartition fournie par le contribuable. Ce dernier reste néanmoins libre de prouver le bien-fondé des chiffres avancés en démontrant que les méthodes préconisées ‒ qui sont, sauf une, des méthodes d’évaluation utilisées par l’expert pour d’autres cas courants ‒ ne sont pas adaptées à l’immeuble qu’il a acquis. Il peut dès lors en exploiter d’autres à partir du moment où cela est bien justifié ; le débat est ouvert.

Source : gallica.bnf.fr / BnF.


Or, aucune méthode n’est pleinement satisfaisante pour l’expert, aucune ne prend en compte l’entièreté des facteurs qui font la valeur du foncier, celle du bâtiment et celle de l’ensemble. Il est demandé de décomposer un prix, ou une valeur, alors qu’en termes d’évaluation immobilière, cela forme généralement un tout indissociable. Pourtant, il n’en est pas de même en comptabilité et en fiscalité, le terrain étant considéré comme non amortissable ; d’où la tentation de lui attribuer une faible part afin de réduire le montant imposable. Trois disciplines au moins se trouvent ainsi confrontées. L’expert doit cependant trancher, et sa responsabilité est désormais engagée alors que de nombreuses zones d’ombre subsistent quant à la répartition, suivant les méthodes, de certains éléments sur le terrain plutôt que sur la construction.

Et ce même après la diffusion, en novembre 2016, des préconisations en la matière de l’Association française des sociétés d’expertise immobilière (Afrexim), car il s’agit d’un exercice qui se révèle particulièrement théorique et vis-à-vis duquel nous n’avons encore que peu de recul. Cette note, en commentant les différentes méthodes de ventilation au regard de celles reconnues ou pas par le CE, fait tout de même référence et constitue une aide précieuse, indispensable à l’expert.


Quant à la dernière édition de la Charte de l’expertise en évaluation immobilière, de mars 2017, elle ne nomme pas précisément la question. Elle évoque néanmoins les méthodes par sol et construction, qui, en considérant de manière distincte le terrain et le bâti, sont assimilables à des méthodes par comparaison ou à des méthodes par le coût de remplacement, que le CE nomme.


Les Normes européennes d’évaluation 2016, éditées par TEGoVA, sont plus volubiles : le «­­­­­­­­؜؜᠎᠎​​‌‌‍‍‍‍‎‎‏‏‪‪ document technique » n° 4 consacré à la Répartition de la valeur entre le terrain et les bâtiments souligne à bon escient que les autorités peuvent contester la ventilation bien après la remise des chiffres et met en garde contre les « méthodes rapides de répartition ». Ce texte donne aussi des précisions sur cette ventilation effectuée dans le cadre des normes comptables IFRS (International Financial Reporting Standards), applicables depuis 2005 dans les comptes consolidés des entreprises de l’Union européenne faisant appel public à l’épargne (APE). Cela ne concerne pas directement notre propos au sens où le résultat fiscal français est déterminé à partir du résultat comptable des comptes individuels, pour lesquels il demeure interdit d’utiliser les normes IFRS, même si celles-ci ont eu une influence sur l’évolution du référentiel comptable français (méthode par composants notamment). Mais cela peut tout de même fournir quelques indications à l’expert. Il est également rappelé avec justesse que cette mission ne représente pas à proprement parler une évaluation : la construction sans le foncier ainsi que le terrain bâti isolé qui la supporte ne font en effet pas l’objet de transactions indépendantes ; de la sorte, on ne peut normalement leur attribuer à chacun une valeur vénale.


Quant au red book, beaucoup plus succinct, il n’apporte pas non plus les réponses ‒ à considérer qu’il en existe  ‒ aux questionnements pragmatiques des experts, de plus en plus amenés à effectuer cette mission.

S’intéresser à la ventilation terrain/construction, c’est nécessairement s’interroger sur cette valeur du terrain d’un immeuble bâti, c’est-à-dire, fiscalement, d’une construction dont l’état permet toujours une utilisation et quel que soit son usage.
Le foncier est au cœur de trois revues en particulier : Études foncières, reparue en 2015 sous la houlette de Business Immo depuis la liquidation judiciaire il y a cinq ans de l’Association des études foncières (AEF) ; La revue foncière, qui a vu le jour alors que celle précédemment évoquée disparaissait ; et Experts fonciers, biannuelle, créée en 2013, qui traite aussi plus généralement de l’expertise immobilière en pratique, avec des focus sur les milieux agricoles et ruraux.
Les travaux des chercheurs et professionnels qui contribuent ou ont contribué à ces ouvrages, tels que Joseph Comby, Jean Cavailhès ou encore Jean-Michel Roux, pour ne citer qu’eux, offrent des clefs nécessaires à la compréhension, entre autres, de la formation de la valeur du foncier et du terrain à bâtir (TAB) principalement. Ils reviennent abondamment sur son caractère complexe et spéculatif, mettant en cause en partie le manque de transparence des données chiffrées et le « compte à rebours », utilisé par le promoteur et l’aménageur pour déterminer le prix du terrain acceptable en fonction du projet immobilier visé. Ils essaient d’analyser l’« envolée » des prix du foncier, comme souvent entendu, principalement via le prisme de la politique du logement en France et des actions de l’État pour mobiliser le foncier disponible.


Il reste néanmoins un pan peu exploité, sans doute parce qu’il est économiquement difficilement appréhendable, celui de la valeur du foncier, au sens comptable et fiscal, sur lequel est implanté un immeuble bâti, neuf ou non. Soit l’évolution de cette valeur au cours du cycle de vie potentiel d’un terrain, qui prend en compte notamment en parallèle les cycles immobiliers, les mutations urbanistiques et politiques de la commune ainsi que les changements éventuels d’usage. Les connexions entre le(s) marché(s) fonciers et les marchés immobiliers suivant les usages mériteraient d’ailleurs des études approfondies et actualisées, depuis les travaux des années 1990 de Jean-Jacques Granelle, Christian Tutin et Patrice Gaubert particulièrement.

Autour de Fresnoy : les derniers pans de murs d’une ancienne usine textile ainsi que sa cheminée carrée sur un terrain vague le long de la rue de Mouvaux en 2004. Coll. particulière de Daniel Labbé. Médiathèque de Roubaix, en ligne sur http://www.bn-r.fr. S’intéresser à la ventilation terrain/construction, c’est s’interroger sur la valeur du terrain d’un immeuble bâti, c’est-à-dire, fiscalement, d’une construction dont l’état permet toujours une utilisation et quel que soit son usage.


La notion de charge foncière, que l’on peut définir comme l’ensemble des dépenses relatives au terrain dans le but de concrétiser l’opération immobilière envisagée (prix du terrain en lui-même, coût de la mutation, coût de la viabilisation, démolition et dépollution éventuelles, indemnités d’éviction le cas échéant, surcoût de construction lié à des fondations particulières…), fait l’objet de quelques articles, mais concerne de nouveau pratiquement toujours l’immobilier résidentiel car ils sous-tendent des propos sur la satisfaction d’un besoin primaire. Les comparaisons entre les charges foncières suivant l’usage des bâtiments non seulement sont rares, mais les quotes-parts confrontées concernent des programmes immobiliers neufs. Elles ont néanmoins le mérite de souligner le fait que, hors Île-de-France, les charges foncières pour l’immobilier résidentiel sont particulièrement plus importantes que pour l’immobilier d’entreprise (rapport en général supérieur à deux). Peu de théories ni d’enquêtes pratiques servent alors à l’expert en évaluation immobilière pour prendre en considération, à l’occasion d’une mission de ventilation terrain/construction, l’impact de l’usage de l’immeuble. Et encore moins de l’état locatif.

Cette étude a ainsi pour objectif d’explorer dans quelle(s) mesure(s) la valeur du terrain bâti et sa quote-part varient en fonction de l’usage et de la situation locative de l’immeuble, dans un contexte comptable et fiscal français. À l’aune de la méthodologie imposée par le CE, quoique non limitative, comment prendre en compte et répartir les facteurs immatériels ‒ constituant une grande partie de la valeur d’un ensemble immobilier, ce sur quoi misent les investisseurs ‒, entre ses deux éléments principaux qui, ainsi séparés, semblent purement corporels ? Approches comptable, fiscale, économique, financière et physique se font alors concurrence. 

Un commerce définitivement fermé au 31 Grande Rue en 1994 à Roubaix. Coll. particulière de Daniel Labbé. Médiathèque de Roubaix, en ligne sur http://www.bn-r.fr. Comment prendre en compte la situation locative d’un actif dans une mission de ventilation/construction ?

I. Les enjeux comptables et fiscaux de la ventilation terrain/construction pour les clients des experts en évaluation immobilière

A. Le terrain, ou l’exception majeure des éléments corporels
B. Impacts de la répartition terrain/construction sur le profil d’imposition de l’immeuble le long de son cycle de vie
C. Le risque d’une évaluation significativement erronée de la quote-part terrain : la rectification fiscale

II. Les difficultés liées à la volatilité du foncier

A. Et le terrain devient le foncier : un espace sur lequel reposent des droits qui se capitalisent
B. L’usage projeté détermine en partie le prix du TAB
C. Prix du m² de foncier/prix du m² de bâti : une progression non parallèle et hétérogène
D. Variabilité potentielle de la valeur d’un terrain bâti selon les cycles

III. Des méthodes de ventilation terrain/construction adaptables à l’usage et à la situation locative de l’immeuble ?

A. Estimation de la valeur du terrain selon les méthodes du CE : évaluation directe, par déduction ou donnée statistique comptable
B. Bilan à rebours et possible survaleur : le terrain comme composant de l’immeuble existant
C. Analyse des résultats du cas pratique

Suite au prochain épisode…

1. CE, 15 février 2016, n° 380400, Société LG Services et CE, 15 février 2016, n° 367467, SARL Daves Place des États-Unis.

Iconographie : Le sorcier du village ou l’oracle universel. Manière de connaître le passé, le présent et l’avenir, de savoir si l’on fera un héritage, si l’on mourra jeune ou vieux, si l’on se mariera, quelle est la femme que l’on épousera, si l’on sera militaire, si l’on aura beaucoup d’enfants et enfin de tout ce qui peut intéresser. Estampe. 1876. Source gallica.bnf.fr / BnF.

Du mythe littéraire au mythe immobilier : quand Crusoé dînait au Plessis-Robinson

SUR UN ARBRE PERCHÉ – Si la robinsonnade, en tant que genre littéraire, a été maintes fois exploitée, la robinsonnade immobilière est moins connue. Pourtant, ce sont bien des restaurants perchés dans les châtaigniers du Plessis qui ont donné leur nom à la commune.

Vivre dans un arbre. Xavier Marmier n’est pas le premier à avoir réalisé le fantasme de l’habitat au cœur de la nature. Au milieu du XIXe siècle déjà, dans le hameau Saint-Eloi au Plessis-Piquet, le restaurant Au Grand Robinson, où les repas sont montés grâce à un système de poulie, a pignon sur rue. 

La légende raconte que son créateur, l’industriel Joseph Gueusquin, fut inspiré à la suite de la lecture d’une version helvète du célèbre roman de Daniel Defoe, intitulée Le Robinson suisse (Johann David Wyss, 1812), dans laquelle une famille s’installe dans un arbre pour se protéger des animaux sauvages. Il faut dire que le caractère bucolique du Plessis-Piquet s’y prête particulièrement : forêt, étangs… aux portes de Paris, des bords de Seine et de Marne très fréquentés. Le village s’impose donc comme un nouvel espace où il fait bon de se retrouver, au calme, et de s’aimer.

On affirme en effet que Joseph Gueusquin eut le désir de concocter un nid, tenu par un excellent cuisinier, aux couples zonant en amoureux autour du parc de Sceaux. 

Paraît-il que l’établissement était orné d’une peinture de Robinson, accompagnée de ces vers :

« Robinson ! Nom cher à l’enfance,
Que, vieux, l’on se rappelle encor, 
Dont le souvenir, doux trésors,
Nous reporte aux jours d’innocence ! »

On dit même que toute l’élite royale et aristocratique s’y pressait. Ainsi, le succès de ce troquet niché dans un arbre, devenu Le Vrai Arbre de Robinson en 1888 pour se différencier de la concurrence, est tel que s’ouvre ensuite une myriade de restaurants et de guinguettes le long de la rue Malabry. Le repaire romantique se mue ainsi en lieu de fêtes, d’amusements (balançoires, stands de tirs, courses d’ânes…), de bals voire de grivoiseries.

« Te rappelles-tu le jour de ma fête
Où tu m’emmenas rire à Robinson ?
Nous avions alors de l’amour en tête
Car nos cœurs chantaient la même chanson
J’avais mis, sachant que j’allais te plaire
Mon chapeau garni de roses pompon
Mon mantelet noir et la jupe claire
Que tu chiffonnas plus tard à Meudon »

Chanson Le voyage à Robinson, 1884. Paroles de Villemer-Delormel, musique de Lucien Collin.

On y célèbre également volontiers des mariages, au grand dam de certains.

« Aller à Robinson, un après-midi d'été, est une regrettable erreur. Y aller seul est une folie. Or j’y fus seul. La vie est un voyage qu’on ne fait bien qu’à deux, et pour parler de voyages moins longs, moins chers et moins ennuyeux que la vie, le voyage à l’Île d’Amour, par exemple, s’accommode de la solitude ; mais le voyage à Robinson ne se fait bien qu’à vingt-cinq ou trente.
(...)
Un autocar ou un char à bancs vous y transporte, dans un nuage de poudre blanche, aux cris de “Vive la Mariée !”. Justement une noce faisait son entrée au Vrai Arbre, accueillie par une java dont l’aigre mélodie me donna soif. 
(...)
Danser ? Il n’y fallait pas songer. Un cavalier ne danse, à Robinson, que la cigarette aux lèvres, un chapeau de femme sur la tête. C’est incontestablement très chic, mais cela ne va pas à tout le monde. Je dus donc me contenter de regarder valser la noce. On distribue les grotesques coiffures de carton à fanfreluches. La mariée a sur la tête une haute couronne verte, pareille à une botte de poireaux. »

Les Modes de la femme de France, 29 juillet 1923

Cet engouement populaire conduite au changement de nom : Le Plessis-Piquet devient en 1909 Le Plessis-Robinson, en hommage au héros qui a fait la réputation de la commune, où l’on se presse pour rêver et se divertir.Pourtant, les années 1960 voient la fermeture progressive des guinguettes, jusqu’à leur extinction en 1976. Le Vrai Arbre de Robinson, qui a pris le nom de Robinson Village, s’éteint lui-aussi, après avoir accueilli Johnny Halliday et son univers rappelant davantage le Far West.

Iconographie : Source, gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France.

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Bonjour ! Je suis Lolita Gillet. Éditrice spécialisée en immobilier, je souhaite partager avec vous ces fragments de cultures et de pensées. Soyez libres de réagir, pour enrichir ces modestes chroniques d’une passionnée.

Cendres et fumées de mon château rêvé nivernais

C’est avec ce château bariolé aux allures féodales orangées que j’inaugure ma nouvelle rubrique, « Trésors cachés abandonnés », en partenariat avec l’explorateur Pierrick Dole. Je laisse la parole, imaginée, de son commanditaire, parti trop tôt. À croire que l’œuvre n’a pas survécu à son maître fantasque.
Ah, malheureuse guerre ! Ah, diable de Napoléon ! 
La grande faucheuse a décidément choisi son camp. 
Ce 12 août 1870, je suis tombé sur le champ de bataille sans avoir vu achevée la garçonnière de mes rêves, qui devait se muer en demeure du bon repos, une fois ma vigueur définitivement enterrée.
Cinq ans plus tôt est ainsi né le château de sa seigneurie, en pleine forêt enchanteresse, sur les terres de mes illustres aïeux.  
Si je dois à leurs prouesses matrimoniales mon aisance financière, seule ma ténacité intellectuelle explique ma verve légendaire voire même une certaine virtuosité littéraire.
 
Enfin, pas exactement. 

Je suis tenu d’avouer – une fois n’est pas coutume, pour un avocat ! – lautre noble origine de mes bons mots mais aussi de cette demeure : Mme B.-W., dont je tais le nom tant son souvenir est encore piquant. 
À l’image de toutes ces ronces et épines qui transpercent désormais mon château de la Renaissance.
Le propre, d’ailleurs, d’une renaissance est de marquer un pas vers l’avenir, sans véritablement se défaire du passé. 
Poursuivant mes inspirations médiévales, j’ai ainsi doté cette modeste forteresse de tours, agrémentées de mâchicoulis et de créneaux, qui rappellent les grandes heures de l’amour courtois. 
Influencé par la ferveur bâtisseuse de François Ier, j’ai volé au château de Fontainebleau l’habillage de briques et la monumentalité de l’escalier central.

Grâce au château, les fermiers alentours ne manquaient pas de travail et profitaient d’une douce sérénité, sans peur du lendemain. Ils vivaient eux-aussi leur propre renaissance. Mes largesses n’étaient pas en cause ; il fallait plus étonnement remercier les losanges ornant ma demeure. Symbole des maçons bourguignons, ils assuraient la générosité des récoltes et la fécondité du bétail.
Cette modeste forteresse reflète ainsi l’état d’esprit d’un homme pris entre deux eaux, entre deux existences : jouir de sa liberté, jusqu’à épuisement de sa moralité, ou couler enfin de verdoyants jours tranquilles, loin des pièges amoureux et des mondanités ?

Chez elle en Savoie, Mme B.-W. s’était entourée des plus grands écrivains de France et de Navarre ; elle y tenait salon, pour le bonheur de tous. J’ai eu l’opportunité d’y distribuer nombre de mes vers, de mes griffonnages cinglants ou de mes émouvantes apologies de la paysannerie, sous des pseudonymes aussi farfelus les uns que les autres. Mais ça c’était avant, avant qu’elle n’épouse le politique italien Urbano R...
Alors que les Années folles battaient leur plein, les flammes eurent raison de mon château au bois fleuri, emportant avec elles nombre de détails décoratifs finement choisis. Pourtant, si vous osez braver l’interdit, vous pouvez encore apercevoir sur certaines figures sculptées les inoubliables jolies fossettes de Mme B.-W.

© Photographies par Pierrick Dole. Récit de son exploration sur Dolexplorations.fr

LE PHOTOGRAPHE PIERRICK DOLE
« Et si le présent n’était qu’un outil pour contempler le passé ? »
Originaire du Jura, Pierrick Dole est un jeune photographe-explorateur de 26 ans, résidant désormais en Saône-et-Loire. Dès l’enfance, il est attiré par les lieux et les véhicules abandonnés, mais il pratique vraiment l’urbex depuis environ quatre ans.
N’hésitez pas à voyager sur son site Internet : https://dolexplorations.fr

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Caroline Piochon, illustratrice et animatrice

INTERVIEW – J’ai eu l’idée de cette rencontre avec Caroline Piochon à la lecture de Chez soi, où l’autrice Mona Chollet se délecte des dessins de maisons. « Ils conjuguaient et démultipliaient deux formes de magie » : de quoi faire réfléchir sur la communication visuelle immobilière.

Bonjour Caroline. Tout d’abord, peux-tu résumer ton parcours professionnel, ton métier ?

J’ai fait des études artistiques : l’école des beaux-arts de Caen, l’école de dessin Émile Cohl à Lyon, puis je me suis spécialisée dans l’animation au sein de Gobelins, l’école de l’image. Au début, j’étais fascinée par le développement et la fabrication des décors dans les dessins animés. Finalement, j’ai fini par me passionner pour l’animation de personnages. Je travaille sur des films, dans l’animation, depuis maintenant 15 ans et, parallèlement, il m’arrive d’illustrer des livres pour enfants depuis une dizaine d’années.

Lorsque tu représentes la façade d’un immeuble, d’un logement, consultes-tu la documentation spécialisée ou des sites de promoteurs, d’agences d’architecture ?

Je collecte sans arrêt des images de lieux qui me plaisent, m’intriguent ou qui me marquent. Je fais des dossiers à thème selon les styles, les époques, les endroits, ce qui me permet d’y trouver de bonnes pistes d’inspiration. J’utilise principalement Pinterest, qui me redirige alors sur des sites de décoration d’intérieur ou des agences d’architecture. Si j’ai besoin d’imaginer un peu plus précisément l’intérieur d’une maison, je consulte des annonces immobilières. J’y découvre des détails et des informations qui m’aident à caractériser correctement une habitation, ou comprendre le fonctionnement et la disposition des pièces. C’est une mine d’or. J’ai parfois besoin d’en faire des plans pour trouver une certaine logique dans la circulation des lieux où apparaissent mes personnages, et trouver un point de vue, un angle de caméra intéressant ou avantageux.

Aussi bien pour l’extérieur que l’intérieur, quelles sont les potentielles difficultés que tu rencontres et quelles questions particulières te poses-tu ?

En général, je me demande si mes dessins correspondent au mieux à l’ambiance que le texte suggère et à l’émotion que je cherche à transmettre : est-ce un lieu inquiétant ou rassurant, douillet ou froid, agressif ou paisible ? Le lieu choisi complète-t-il, soutient-il les ressentis à la lecture ? En même temps, ce lieu ressemble-t-il ou caractérise-t-il mon personnage, en apportant d’autres informations sur son tempérament ? On ne choisit pas au hasard un contexte architectural ; on doit toujours se demander si celui-ci est le plus approprié pour transmettre la bonne émotion, la bonne ambiance. En fait, il faut toujours se soucier de la cohérence afin que le lecteur soit capable de se projeter, de comprendre vaguement la topographie du lieu. Finalement, aucune confusion ne doit gêner la lecture.

Lorsque j’illustre des endroits précis, comme l’intérieur d’une maison au Burkina Faso, au Viêtnam ou au Japon, cela n’est pas forcément simple de trouver la bonne documentation. Je n’ai pas toujours le temps de chercher autant que je le voudrais, pour saisir notamment les codes architecturaux d’une maison japonaise, comprendre les subtilités d’un art de vivre ou d’une culture qui expliquent l’agencement particulier des pièces, la disposition des meubles, etc.

J’essaie autant que possible de ne pas tomber dans le « cliché », de ne pas trahir les origines des lieux représentés, de me questionner sur mon regard trop « occidentalo-centré », tout comme je tente d’être vigilante sur les stéréotypes de genre.

Enfin, je fais attention aux droits liés à la représentation de certains lieux et édifices car, souvent, ils sont protégés. Par exemple, je peux utiliser la structure architecturale du Petit Trianon pour représenter un palais imaginaire, mais en en extirpant certains codes car le résultat ne devra pas ressembler au Petit Trianon.

❝ ON NE CHOISIT PAS AU HASARD UN CONTEXTE ARCHITECTURAL ; ON DOIT TOUJOURS SE DEMANDER SI CELUI-CI EST LE PLUS APPROPRIÉ POUR TRANSMETTRE LA BONNE ÉMOTION, LA BONNE AMBIANCE. ❞

Quels éventuels « freins » à ton imagination t’imposes-tu ? Cela dépend sans doute de l’âge du/de la lecteur/lectrice cible.

Exactement, l’âge est un facteur que je prends en compte : il m’arrive d’adapter mon style, de simplifier l’image, sans pour autant l’appauvrir. C’est super si je peux embarquer mon petit lecteur dans un lieu, lui apprendre quelque chose d’une architecture ou d’une époque, mais il ne doit pas se sentir perdu non plus.

Parler à un plus jeune public nécessite parfois des formes plus arrondies, moins de détails pour faciliter la lecture. Mais ce qui apparaît comme une contrainte m’entraîne hors de mes zones de confort et devient au contraire un vrai stimulant à l’imagination. Les freins peuvent venir aussi des clients ; je me soumets alors à leurs demandes. Il n’est pas rare que je retravaille un dessin pour que n’importe quel enfant se reconnaisse dans la cuisine de sa maison ou la place d’un village. C’est ainsi parfois difficile d’imposer des choix trop atypiques ou trop audacieux, de sortir des sentiers battus et d’autres stéréotypes.

Pour nous faire rêver de maisons, quel album/livre illustré, voire film d’animation, nous conseilles-tu de découvrir ?

Alors les décors que j’adore : La Belle au bois dormant de Disney, selon moi le plus abouti et parfait stylistiquement. J’aime ce que l’artiste Eyvind Earle (1916-2000) a introduit dans les films à cette époque. Mais aussi l’ambiance Belle Époque de La Belle et le Clochard et la charmante maison dans Là-Haut (Pixar).

J’apprécie en outre les ambiances colorées du style Mid-Century Modern, les constructions de l’architecte Frank Lloyd Wright (1857-1959)… Le réalisateur Alfred Hitchcock (1899-1980) a bien su les utiliser dans ses films, comme dans La Mort aux trousses.

Pêle-mêle pour les illustrateurs : 

  • les albums de Mary Blair (1911-1978), illustratrice pour les studios Disney dans les années 50. Sa stylisation des décors, ses choix de couleurs m’ont beaucoup influencée. Je voudrais vivre dans son monde parfois ! ;
  • le couple Alice et Martin Provensen (1918-2018 et 1916-1987), et leurs albums comme La Ronde des animaux ;
  • les décors parisiens de l’illustrateur Tadahiro Uesugi (né en 1966) ;
  • Miroslav Šašek (1916-1980), le grand illustrateur tchèque célèbre pour ses albums sur de nombreux pays et villes du monde. Il avait fait des études d’architecture d’ailleurs.

❝ J’APPRÉCIE LES AMBIANCES COLORÉES DU STYLE MID-CENTURY MODERN, LES CONSTRUCTIONS DE L’ARCHITECTE FRANK LLOYD WRIGHT. ALFRED HITCHCOCK A BIEN SU LES UTILISER DANS SES FILMS, COMME DANS LA MORT AUX TROUSSES. ❞

Que penses-tu de la place occupée par le dessin destiné, plus généralement, au grand public (publications de communication, publicité…) ?

En France, l’illustration est plutôt mal utilisée, par comparaison, par exemple, aux pays anglo-saxons où elle s’affiche sans complexe. C’est un peu pareil, je pense, pour le dessin animé 2D traditionnel, que l’on utilise davantage qu’ici pour les publicités. Je trouve également que les couvertures de romans sont soigneusement illustrées avec de belles typographies alors qu’en France, pour le même roman, on préférera souvent une photographie…

C’est encore autre chose si on compare avec le Japon où la culture visuelle, pas seulement celle du manga, y est plus forte. Le « mignon » est partout ; malheureusement, on est plus « sérieux » chez nous. Quel que soit l’endroit – trottoirs, quais de métro, signalétique – l’utilisation du dessin est plus répandue. Au final, je trouve que cela crée une ambiance plus joyeuse.

Chez nous, le travail de l’illustrateur n’est pas assez respecté et valorisé. On considère assez mal l’activité des personnes qui dessinent, dont on pense trop souvent qu’elles n’exercent pas « un vrai métier » et dont on sous-estime le prix de leur labeur… On se tourne alors vers la facilité, vers des illustrateur.trice.s peu expérimenté.e.s, des étudiant.e.s voire des amateur.trice.s parce qu’ils/elles coûtent moins cher. On fait régulièrement appel à eux/elles via des sortes de concours, vus comme des chances d’illustrer une affiche et d’être rétribué.e.s par la belle publicité que cela va soi-disant apporter à leur œuvre… Même de grandes institutions procèdent de cette façon, c’est assez désolant. Affiches de théâtre ou d’évènement, signalétique du métro… la qualité s’en ressent. Mais c’est probablement aussi un manque d’éducation à l’image, aux arts visuels et aux métiers artistiques. Il y aurait beaucoup de choses à faire dans ce sens pour gagner en qualité.

Au cours d’un voyage, d’une promenade, quel bâtiment/monument ou quel appartement ou maison a particulièrement marqué ton esprit ? pourquoi ?

Beaucoup de bâtiments en Asie m’ont marquée. Le pavillon d’argent à Kyoto résume bien à quel point une architecture peut inspirer le calme et l’équilibre, l’harmonie avec le paysage.
La charmante gare dessinée par Frank Lloyd Wright en pleine campagne japonaise à Nikko ainsi que d’autres très belles maisons qu’il a créées à Chicago (dont celle qui illustre cet article) ont vraiment retenu mon attention en raison de leur volume particulier.

J’aime beaucoup les maisons des peintres comme celle de Joaquín Sorolla y Bastida (1863-1923) à Madrid, devenue le Musée Sorolla ; celle de Claude Monet (1840-1926) à Giverny, où l’atelier fait partie de la maison sans en être séparé. Cela me fait rêver !

Et, bien sûr, en tant que normande, le Mont-Saint-Michel en hiver, quand il n’est pas saturé de touristes. C’est un édifice que je ne me lasse pas d’admirer. Une vraie prouesse, un mélange de force et de légèreté qui a su défier le temps.
Enfin, une petite maison en Normandie de style Art nouveau qui m’a toujours fait pensé à celle du lapin d’Alice au Pays des merveilles : La Bluette à Hermanville-sur-Mer, construite par Hector Guimard (1867-1942). Elle a quelque chose de joyeux et de désinvolte, à l’écart des grandes villas balnéaires de l’époque. Je suis sûre qu’elle m’inspirera un jour !

Bibliographie de Caroline Piochon

Iconographie : © Gosia Malochleb by Flickr. River Forest, IL., Frank Lloyd Wright, Historic styles designed by Wright. Licence CC BY-NC 2.0. Photographie reccadrée.

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