Atlantis, un théâtre entre le ciel et l’eau

LE DERNIER VOL DE LA LIBELLULE – Alors que le monde de la culture est mis à mal par l’épidémie de Covid-19, l’explorateur Dimitri Bourriau, alias Jahz Design, nous offre ses photographies d’un théâtre Art nouveau à l’abandon, incandescentes de couleurs malgré les affres du temps et la désertion des hommes… ou presque.
Depuis une soixante d’années déjà, la libellule de l’Atlantis a quitté le ciel du théâtre. Piégée par les lèvres grotesques du mascaron et son sourire de façade en céramique ? Gobée par l’iguane qui l’accompagne et fait le guet, de son troisième œil ? Réfugiée dans les entrelacs de la fresque végétale, cachée dans un pétale de fleur ou au cœur d’un fruit chimérique ?
© Dimitri Bourriau.

Aux heures radieuses du théâtre, déesses, dieux, angelots, muses, musiciens, allégories poétiques planant sur la salle de spectacle avaient pris sous leurs ailes éternelles celles, fragiles, de la libellule de l’Atlantis. 

Ils n’étaient pas les seuls. Goethe, Schiller, Goldoni, Plaute, Racine, le duc de Rivas et autres dramaturges, dont les âmes rôdent encore contre vents et marées, veillaient au grain. 

Mais lorsque l’ivraie a définitivement dévoré la rose, malgré une lutte épineuse, tous ont baissé la garde et les armes, laissant la libellule prendre son envol vers d’autres cieux. 

© Dimitri Bourriau.

Pourtant, une sournoise habitante de l’Atlantis, qui désormais le colonise et l’étouffe, a retenu l’échappée de la libellule : l’araignée. 

Regardez-bien ; elle continue, inexorablement, de tisser sa toile sur les marches et la rampe de l’escalier, sur les sièges en bois, sur les garde-corps des balcons, entre les fils du rideau…

Quelques raies de lumière suffisent à imaginer la splendeur passée et à révéler les pièges mortels de l’abandon, dans lesquels l’araignée bâtit les siens.

© Dimitri Bourriau.

Cette libellule aux prises avec l’araignée, c’était moi, Ida. Ida Orloff. Jusqu’à ce que le cinéma parlant sonne le glas de ma gloire, j’ai tenu sur cette scène du théâtre de l’Atlantis ce rôle de ma vie. De tous horizons, de tous quartiers on venait rêver, frissonner, larmoyer devant le ballet animal. Qui de l’une ou de l’autre sera jetée à la mer, bannie au lointain ?

Adulée puis écartée des feux de la rampe, j’ai finalement plongé dans les abysses d’un art désuet, regardant de là-haut celles et ceux qui ont su si bien me faire oublier. 

Malgré le déclin, jamais je n’ai cessé d’arpenter ce lieu qui a vu naître ma métamorphose. Fidèle à ma nature, j’ai toujours voulu croire au renouveau… jusqu’au jour où les visages de l’Atlantis se sont à jamais fermés.

Film Atlantis, 1913. Réalisation : August Blom.

Depuis une soixante d’années déjà, la libellule de l’Atlantis, Ida Orloff, erre dans la soie de l’araignée. Doucement, elle glisse, perd le combat et de l’altitude pour se rapprocher de la mer. Elle y retrouvera la myriade de demoiselles éphémères qui ont, un jour où l’autre, foulé la scène du si grand théâtre de l’Atlantis.

© Photographies par Dimitri Bourriau.

LE PHOTOGRAPHIE DIMITRI BOURRIAU
Artiste français, Dimitri Bourriau, « Jahz Design », est graphiste de formation. Il sintéresse depuis toujours à lhistoire et aux vestiges architecturaux. Cest en 2013 quil développe sa passion pour la photographie de patrimoine en désuétude. Sa première exploration est un ancien cimetière de navires militaires. Aujourdhui, il sillonne le globe à la recherche de lieux en déclin.
Il attire notre attention sur notre civilisation en constante mutation, à la mémoire éphémère. Ses dernières découvertes lont emmené sur les traces du programme de vaisseau spatial soviétique Buran à Baïkonour (Kazakhstan).
En 2017, il devient ambassadeur Manfrotto. En 2018, cest Irix, la marque dobjectif ultra grand-angle d’origine suisse, qui propose à Dimitri de le devenir.

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L’AUTRICE
Bonjour ! Je suis Lolita Gillet. Éditrice spécialisée en immobilier et études urbaines, je souhaite partager avec vous ces fragments de cultures et de pensées. Soyez libres de réagir, pour enrichir ces modestes chroniques d’une passionnée.

Un commentaire sur “Atlantis, un théâtre entre le ciel et l’eau

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