Covid-19, confinement : penser l’habitat grâce à Mona Chollet

Chronique de lecture de Chez soi de Mona Chollet : confiner, c'est habiter, la tiny house, les dessin de maisons, communication en immobilier
LECTURE DE CONFINEMENT – Alors que nos déplacements sont strictement encadrés, l’essai Chez soi. Une odyssée de l’espace domestique de Mona Chollet (2015) résonne particulièrement. La journaliste livre notamment des pistes de réflexions fondamentales à tous ceux qui contribuent, de près ou de loin, à créer notre intérieur de « l’après-Covid-19 ».

En cette période de confinement, Chez soi. Une odyssée de l’espace domestique de Mona Chollet constitue une aide précieuse à l’introspection, à travers des exemples personnels. L’intimité de l’habitat – malgré l’intrusion des réseaux sociaux – représente un lieu essentiel au décomplexant repli sur ses désirs, qui n’est pas incompatible avec la participation citoyenne et sociale à la sphère publique, bien au contraire. Je suis par ailleurs certaine que cette crise, en bouleversant nos habitudes, en modifiant notre rapport à notre intérieur et à l’immeuble que l’on partage, fera également évoluer nos besoins, notre vision de lappartement idéal voire nos critères de choix. Enfin, pour ceux qui peuvent se le permettre.

Pour confiner, il faut… habiter

En effet, se retirer du monde s’avère éminemment complexe voire dangereux pour certaines populations déjà fragilisées. Je reprends ici et adapte la formule de Mona Chollet : « Pour habiter, il faut… de l’espace » ; je dirais même un espace défini. Sans murs, sans barrières solides, impossible de se protéger contre le virus. La pauvreté, dont on ne supporte plus la vision, est repoussée toujours plus loin au-delà de la place publique. En restant cloîtré.e.s, nous ne voyons plus cette indigence aux portes de nos bâtiments. Autocentré.e.s, préoccupé.e.s par notre santé, nous apercevons encore moins les mals-logé.e.s, celles et ceux dont les frêles frontières quotidiennes deviennent insupportables, menaçantes. Celles et ceux malades de leur logement indécent ; celles et ceux qui, pour la plupart, continuent de se déplacer pour gagner leur vie. Au risque de la perdre. Celles et ceux qui (sur)vivent dans des logements d’urgence, trop souvent inadaptés à la taille de la famille, ce qui favorise l’expansion de l’épidémie.

Le contexte actuel rend encore plus sévères les problèmes de logement, surtout dans des villes denses où bien habiter est hors de prix. L’autrice en rappelle trois causes majeures : la hausse des prix de l’immobilier ; une certaine léthargie des salaires ; l’insuffisance du nombre de logements, qui s’explique par la non-anticipation des évolutions démographiques et sociales (accroissement de la population, allongement de la durée de vie, multiplication des familles monoparentales). À Paris en particulier, la situation de pénurie et de cherté entraîne des abus en tous genres (chambre contre « services sexuels », etc.), tandis que, présentement, les femmes confinées avec leur bourreau subissent une forme terrible de mal-logement malgré la mobilisation des associations de lutte contre les violences conjugales. 

Un autre fait de société entre aussi en jeu : l’héritage. De nouveau, l’expérience du confinement exacerbe les inégalités que la transmission (et la capacité de conservation) d’un patrimoine immobilier engendre. Les urbain.e.s qui ont la chance d’avoir une résidence secondaire, souvent d’origine familiale, sont parti.e.s à la campagne où ils/elles profitent de davantage de m2 et/ou d’un extérieur (même si, d’un point de vue sanitaire, le bien-fondé de ces départs est contestable). Les citadin.e.s qui n’en disposent pas souffrent doublement : d’une part, ils/elles sont effectivement contraint.e.s de rester dans leur petit logement ; d’autre part, ils/elles ne peuvent « retourner aux sources » et bénéficier, dans un contexte aussi stressant, des aspects symboliques rassurants générés par ce repos de l’âme. En outre, ils/elles ne tirent pas avantage des solidarités locales stables, familiales et/ou amicales, induites par l’ancrage territorial d’une lignée. À mon sens, cela fait écho « au privilège supplémentaire dont jouissent les classes supérieures : celui de la monumentalité et de la permanence », évoqué par Mona Chollet.

Le fantasme de la tiny house

Depuis plusieurs semaines, beaucoup sont obligés de résider, quasiment 24 h/24 et 7 j/7, dans un espace réduit, sans aucune échappatoire. Étonnamment, certain.e.s sont volontairement attiré.e.s par le concept de tiny house, « toute petite maison » ou « micromaison », imaginé par l’architecte américain Jay Shafer au début des années 2000. D’une surface comprise généralement entre 9 et 45 m2, les tiny houses disposent de tout le confort nécessaire et rivalisent d’ingéniosité, pour un prix de construction compris entre 10 000 et 50 000 € environ selon les options retenues. Elles sont transportables comme des remorques.

La tiny house fait sa première apparition au salon Faire construire sa maison en septembre dernier à Paris. Légalement, les propriétaires d’une tiny house peuvent s’installer sur un terrain privé ou sur un terrain inconstructible prévu pour recevoir des habitats mobiles et/ou provisoires. L’Île-de-France, sans doute en raison du coût du foncier, semble conquérir de nombreux adeptes (apparemment difficilement quantifiables). Détachement matériel, conscience écologique, qualité plutôt que quantité, sobriété financière au profit d’activités épanouissantes, cocooning, liberté… les valeurs véhiculées par ce mode d’existence sont louables.
Cependant, à priori, peu vivent leur idéal en en faisant leur unique résidence. Finalement, le small living serait-il un jeu des classes aisées, la réalisation du rêve ponctuel – de la protectrice cabane pour enfants ou de la maison de poupées ? Mona Chollet fait très justement le rapprochement avec la séduction et le ludisme de la miniature. La tiny house ne serait véritablement appréciable que sous certaines conditions : durée limitée, célibat ou couple sans enfant, économies et… sécurité d’un terrain disponible de manière pérenne. Dans le cas contraire, on tombe vite dans le cauchemar et la précarité.
Or, la question du foncier est cruciale : les publicités pour ces « micromaisons » les affichent systématiquement dans un écrin de verdure. De ce fait, qu’en est-il des tiny houses sur des communes fortement urbanisées, là où la pénurie de logements est la plus importante ? Là où le terrain est le nerf de la guerre entre promoteurs, maires et chanceux propriétaires ? Seraient-elles vivables sans une large ouverture vers l’extérieur ? Certainement pas. La tiny house ne correspond pas à un besoin, mais à une philosophie qui n’est pas toujours applicable, loin s’en faut.

Je rejoins ainsi Mona Chollet : « Et si l’enchantement des petits espaces était réservé aux commencements ? ». L’enfant, lorsqu’il développe sa personnalité en fabriquant son univers ; l’adolescent, bouleversé par ses changements physiques et psychologiques ; le jeune adulte, qui quitte le nid familial et apprécie son premier studio rien qu’à lui. Et, peut-être, chacun d’entre nous au début du confinement…

« Le dessin de maisons » : une communication immobilière réenchantée ?

Grâce à son texte « Des palais plein la tête. Imaginer la maison idéale », Mona Chollet nous plonge avec délectation dans nos rêveries d’intérieurs parfaits, celles d’hier et d’aujourd’hui. Dès l’âge tendre nous avons songé à notre manière de vivre ; nous avons été fasciné.e.s par la maison de nos camarades, curiosité initiée par les incroyables illustrations d’habitations de nos livres-albums (l’Arbre-Maison de Claude Ponti, par exemple) ou du cinéma d’animation (Le Château ambulant de Hayao Miyazaki, etc.). La journaliste rappelle avec une grande justesse la magie des « dessins de maisons », que nous ressentions et que nous ressentons encore lorsque l’on accepte de se laisser porter par les lectures et les images enfantines. 

En cette angoissante et triste période, chacun souhaite réenchanter son quotidien, et les professionnels de l’immobilier peuvent y contribuer. Influencée probablement par mes premières études dans le secteur de l’édition de livres, je pense que des mutations dans la communication visuelle immobilière seraient profitables, à l’acheteur potentiel comme au promoteur. À mon sens, utiliser davantage le dessin dans nos plaquettes, nos brochures, nos modélisations, nos infographies, notre content marketing, participerait au nécessaire retour du ravissement. Plutôt que de diffuser à tout va des images de synthèse, des perspectives trop réalistes trop onéreuses –, pourquoi ne pas introduire de l’illustration narrative ? Réhabiter l’espace en racontant nos vies.

GRÂCE AUX DESSINS DE MAISONS, RANGEONS-NOUS VOLONTAIREMENT DU CÔTÉ DE L’IMAGINAIRE POUR ÊTRE AU PLUS PRÈS DE LA RÉALITÉ DE NOS FANTASMES.
DONNONS À VOIR, À SOURIRE, EN FAISANT APPEL À NOS RÊVES D’ENFANTS ET D’ADULTES. ❞

Lolita Gillet, inspirée par Mona Chollet

En référence à l’architecte et anthropologue Christopher Alexander, Mona Chollet écrit : « Un bâtiment est gouverné avant tout par les événements petits et grands qui s’y déroulent. » Alors, donnons à voir, à sourire, en faisant appel à nos rêves d’enfants et d’adultes. Fini les faux parents, les faux enfants, les faux escaliers, les fausses voitures qui imitent platement et traditionnellement le vrai ; fini ces images dans lesquelles nous nous retrouvons peu finalement. Rangeons-nous volontairement du côté de l’imaginaire pour être au plus près de la réalité de nos fantasmes. Après l’épreuve de l’épidémie du Covid-19, beaucoup se sont recentrés, de manière plus ou moins contrainte, sur le primordial. Cet essentiel, offrons-le aux futur.e.s propriétaires : la joie de contempler d’heureuses scènes quotidiennes sorties d’esprits oh combien géniaux des illustrateur.trice.s, le plaisir de retrouver d’agréables sensations du vécu, au sein d’une nouvelle ville, d’un nouvel immeuble, d’un nouvel intérieur personnalisable. Et vous deviendrez certainement des promoteur.trice.s et des commerciaux/ales oh combien davantage amicaux, grâce à cette proximité réaffirmée, et différent.e.s. Le succès du #CoronaMaison, lancé notamment par l’illustratrice Pénélope Bagieu, montre l’engouement pour l’imaginaire des logements et de leurs intérieurs : à partir d’un template commun, chacun.e. dessine sa pièce idéale de confinement et la diffuse sur les réseaux sociaux. Pourquoi ne pas s’en inspirer dans nos communications immobilières ?

#CoronaMaison Pénélope Bagieu
Template commun lié au #CoronaMaison

Chez soi. Une odyssée de l’espace domestique de Mona Chollet est un ouvrage extrêmement riche. D’autres axes particulièrement intéressants sont à explorer, et pas seulement sur les sujets qui nous concernent spécifiquement en tant qu’acteur.trice.s de l’immobilier.
C’est ainsi que j’ai publié une autre chronique sur cet essai, axée sur la condition féminine à l’heure du confinement et de la crise sanitaire : « Chez soi, chez elles, chez Mona Chollet ». À découvrir sur le site Missives, « Des livres osés et féministes, au sens large », créé par la journaliste Camille Abbey.


Bonne nouvelle : l’essai est en libre accès sur le site de l’éditeur.

Pour les curieux : illustration de Hélène Pouille, réalisée à partir de la lecture de Chez soi. Une odyssée de l’espace domestique (Mona Chollet)

Iconographie : source gallica.bnf.fr/BnF. Intérieur d’une maison paysanne, 1898.

L’AUTRICE
Bonjour ! Je suis Lolita. Professionnelle de la communication et du marketing, spécialisée en immobilier, je souhaite partager avec vous ces fragments de cultures et de pensées. Soyez libres de réagir, pour enrichir ces modestes chroniques d’une passionnée.

Un commentaire sur “Covid-19, confinement : penser l’habitat grâce à Mona Chollet

  1. Ping : Caroline Piochon, illustratrice et animatrice – Les miscellanées de l’immobilier

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